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REGISTRES DU BUREAU
inacoustumée en France, mais connue aux Turcs, comme ceulx qui ont esté au pays l'ont aprinse.
Après eulx entra le Roy, acompaigné du Roy Daul­phin et autres princes de son sang, vestuz de soye blanche, habillez en Turcs, tenans le pavoys d'une main et une boulle de terre cuitte creuse de l'autre, prestz àcombatre.
De l'autre costé de lad. rue Sainct Anthoine sor­tirent du logis de monseigneur le Connestable une autre bande de Mores qui entrerent dedans les bar­rières, et allerent deux à deux ti l'encontre des Turcs, et courroient sur petitz cavalins la grand poste, en gectans les ungs contre les autres desd, boulles de terre cuitte creuze. Les Turcs alloient après de grande
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roydeur et impétuosité, et les poursuyvoient et com-batoys de darcs turquoys sans fer, et lesd. Turcs mettoient leur pavoys au devant.
Le premier jeu fini, renforcèrent de gens et com-batoient huit à huit, puis douze à douze, et finable­ment tous ensemble les ungs contre les autres, chose qu'il faisoit bon voir. Puis se ralierent ensemble, et se rengerent deux à deux en ung grant rond, et aud. son des instrumens turquoys dansoient à cheval et faisoient crys et huées à la mode des Turcqs et des Mores. Et après lad. danse finye, se remelerent en­semble en une trouppe, et se remirent ensemble en ordre quatre à quatre; et ainsi s'en allerent coucher au Louvre, et alors fi na la karozelle.
XXII. — Mariage de Madame Claude, seconde fille du Roy, au duc de Lorraine f1).
22 janvier 1559. (Fol. 20 r°.)
Oudict an mil vc lviii, le dimenche xxn° jour de Janvier, fut celebré le mariage de madame Claude de France, seconde fille du Roy, à monseigneur le duc de Lorraine'1), et y feurent Mess" de la Ville se­mons le jour precedent par nions1, de Lezigny P), maistre d'hostel du Roy, avec les Cours de Parle­ment, Chambre des Comptes et Generaulx de la Justice, et non les Generaulx des Monnoyes ne Chas­telet. Et pour aller aud. mariage, Mess" de la Ville et le Greffier estoient vestuz de leurs robbes my par­ties d'escarlate et tanné, et n'eurent point de robbes de soie, comme il est acoustumé en tel cas, parceque lad. semonce fut faicte trop tart;au moyen de quoy on n'eust sceu avoir loisir de faire expedier les lettres ne faire faire lesd, habitz, par quoy perdirent pour ceste foys lesd, robbes de soye. Et partirent de l'Hostel de lad. Ville environ huit heures du malin,
acompaignez des Receveur et Contrerolleur, et d'au­cuns Conseillers de lad. Ville, sergens, archers, ar­balestriers et hacquebutiers d'icelle. Et estans arrivez en l'eglise de Paris, prindrent place dedans le cueur au bout des haultes chaizes du costé senestre près la porte du cueur '->, mais ilz y furent trop tost d'une grande heure, parceque la Court de Parlement ne vint point qui ne feust entre neuf et dix, et ne se feist point led. mariage qu'i ne feust mydi.
Quant Mess™ feurent arrivez, on sonna le pre­mier coup de la messe de l'espouzée, une heure après le second, et une heure après le tiers comme aux jours de grande solempnité. Quant le Roy partit du logis episcopal, les trompettes sonnèrent dautres instrumens de musique.
Et feurent lesd, espousalles et mariage faict et celebré'4' en la sorte et maniere, comme il avoit
(•) Ce paragraphe, relatif au mariage do Claude de France, deuxième fille de Henri II, avec Charles II, duc de Lorraine, se trouve imprimé dans Godefroy, Le cérémonial françois, t. II, p. i3.
'2) Charles de Pierrevive, soigneur de Lezigny, trésorier de France, général des finances, était déjà maître de l'hôtel du Roi en 1553 ot continua au même titre à faire partie de la maison deFrançois II et de Charles IX; sa femme, Jeanne Clausse, figure parmi los dames de Catherine de Médicis.
(3' Dans cette cérémonie, à gauche du chœur, avaient pris place les gens des Comptes et de la Cour des Aides, et les membres de l'Echevinage.
"' Ce fut le cardinal de Rourbon qui donna la bénédiction nuptiale sur une estrade dressée devant le portail de Notre-Dame, au milieu d'un concours immense de populaire. La messe fut célébrée par l'évêque de Paris, assisté du cardinal Trivulce, légat aposto­lique; le Roi offrit le soir au Palais festin 1res magnifique, auquel furent conviés le Parlement, la Chambre des Comptes, la Cour des Aides et la Ville; les généraux dos Aides et l'Échevinage furent placés à la même table du côté de la salle des Merciers; la Chambre des Comptes occupa une table distincte près de la Table de Marbre, de même que le Parlement une autre table du côté de la Chambre dorée ; après le soupper, y eut singulières masqueries et passe temps en trés grande sumptuosité. ( Voy. le récit inséré au registre du Conseil, Parlement de Paris,X1' i5go, fol. 283 v°.) Les membres du Parlement se réunirent individuellement dans trois grands dîners, aux logis de Nicolas de Thou, de Jacques Verjus et d'Etienne Dugué, conseillers. (Parlement de Paris, X1" i5go, fol. 341 v°.)